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Entretien d’embauche : 20 questions pertinentes pour le recruteur (et celles à éviter)

Vingt minutes. C’est souvent le temps réel dont vous disposez pour cerner un candidat, vérifier qu’il colle au poste et anticiper son intégration dans l’équipe. Autant dire que chaque question compte. Poser les bonnes interrogations en entretien d’embauche, c’est éviter le recrutement raté à 10 000 euros, c’est aussi se protéger juridiquement face à des questions interdites qui peuvent coûter jusqu’à 45 000 euros d’amende. Ce guide vous donne 20 questions pertinentes pour le recruteur, classées en quatre familles (comportementales, situationnelles, techniques, motivation), une grille d’évaluation prête à l’emploi, et la liste précise des sujets que le Code du travail interdit d’aborder.

Pourquoi structurer ses questions d’entretien d’embauche

Un recruteur qui improvise rate des informations. Une étude de Katharine Hansen, experte en recherche d’emploi citée par Eurécia et LinkedIn Talent Solutions, indique que les questions comportementales prédisent les performances professionnelles à 55%, contre seulement 10% pour les questions classiques type « parlez-moi de vous ». L’écart est énorme.

Une trame écrite garantit trois choses :

  • L’équité entre candidats : poser les mêmes questions à tous permet de comparer sur la même base, point clé pour limiter les biais et les contestations
  • La rigueur juridique : une grille validée évite les sujets interdits par les articles L1221-6 et L1132-1 du Code du travail
  • L’efficacité du débrief : si plusieurs personnes interviewent, elles parlent du même candidat avec les mêmes critères

Un entretien structuré ne veut pas dire un entretien rigide. La trame sert de fil rouge, vous gardez la liberté de creuser une réponse, de rebondir sur un détail, de laisser le silence faire son effet quand le candidat hésite. Ça reste un échange humain, pas un interrogatoire.

Pour aller plus loin sur les bonnes pratiques après le recrutement, consultez notre guide complet sur l’intégration d’un nouvel employé.

Avant même de préparer vos questions, prenez 30 minutes pour relire la fiche de poste. Listez les 5 compétences clés. Pour chacune, prévoyez une question dédiée. Sans ce travail amont, vous allez interviewer dans le vide.

Les 5 questions d’ouverture pour cadrer l’entretien

Les premières minutes installent la dynamique. Trop formel, le candidat se ferme. Trop décontracté, vous perdez du temps. Visez le juste milieu, avec des questions ouvertes mais cadrantes.

1. « Pouvez-vous résumer votre parcours en trois minutes en mettant l’accent sur ce qui vous prépare à ce poste ? »

La contrainte temporelle teste la capacité de synthèse. Le « ce qui vous prépare à ce poste » oblige le candidat à faire le tri, et vous montre s’il a vraiment lu l’offre.

2. « Qu’est-ce qui vous a accroché dans cette annonce, plus précisément ? »

Variante intelligente du « pourquoi notre entreprise ? ». Vous obtenez une réponse concrète, pas un copier-coller du site corporate. Si le candidat cite une mission précise, c’est bon signe.

3. « Comment décririez-vous votre poste actuel à quelqu’un qui ne connaît pas votre secteur ? »

Test de pédagogie et de prise de recul. Un excellent technicien incapable d’expliquer son métier à un problème de communication qui pèsera dans une équipe.

4. « Qu’est-ce qui vous a fait quitter votre dernier poste, ou pourquoi cherchez-vous à partir aujourd’hui ? »

Question délicate, mais nécessaire. Cherchez la cohérence entre la raison invoquée et ce que vous proposez. Un candidat qui parle uniquement d’argent ou qui descend systématiquement ses anciens employeurs vous renseigne sur son comportement futur.

5. « Si je contactais votre dernier manager, que dirait-il de vous, en bien comme en moins bien ? »

La question du « moins bien » pousse à l’auto-critique. Méfiez-vous des « je suis trop perfectionniste » : c’est l’archétype de la fausse faiblesse. Un candidat sincère cite un défaut réel et explique comment il le gère.

5 questions comportementales avec la méthode STAR

5 questions comportementales avec la méthode STAR

Les questions comportementales partent d’un principe simple, formalisé par le psychologue canadien Tom Janz dans les années 1980 : le passé prédit le futur. Si quelqu’un a géré un conflit d’équipe avec brio chez son ancien employeur, il a de bonnes chances de le refaire chez vous.

L’acronyme STAR cadre la réponse :

  • S : Situation (contexte précis, dates, équipe)
  • T : Tâche (ce qui était attendu de lui)
  • A : Action (ce qu’il a fait concrètement)
  • R : Résultat (chiffres, retours, leçons tirées)

Quand un candidat saute une étape, vous le ramenez dessus. Beaucoup décrivent l’action sans donner de résultat. C’est là que vous creusez.

6. « Racontez-moi une fois où vous avez dû convaincre un collègue ou un client d’un point de vue qu’il rejetait au départ. »

Test de persuasion, écoute, gestion du désaccord. Si la réponse tient en deux phrases vagues, le candidat manque soit d’expérience, soit de capacité à raconter.

7. « Décrivez-moi un projet qui a échoué ou un objectif que vous n’avez pas atteint. Qu’avez-vous appris ? »

Question piège pour qui refuse d’admettre un échec. Un candidat qui n’a jamais raté quelque chose n’a probablement jamais pris de risque. Cherchez la lucidité sur la cause, pas l’auto-flagellation.

8. « Une fois où vous avez dû tenir une deadline serrée avec des moyens limités : comment avez-vous fait ? »

La gestion du stress et de la priorisation se voit ici. Notez les détails : a-t-il délégué, sacrifié une partie du périmètre, négocié un délai, fait des heures sup ? Chaque réponse révèle un style.

9. « Parlez-moi d’une situation où vous avez été en désaccord avec votre hiérarchie. Comment avez-vous géré ? »

Évitez les candidats qui disent « je n’ai jamais été en désaccord ». C’est faux ou c’est inquiétant (manque de personnalité, conformisme excessif). La bonne réponse mentionne un dialogue franc et un compromis trouvé.

10. « Une décision difficile que vous avez dû prendre récemment : sur quels critères vous êtes-vous appuyé ? »

Mesure la maturité décisionnelle. Un junior peut donner un exemple modeste (choix d’un fournisseur, priorisation d’un dossier), un senior parlera d’arbitrages plus lourds (réorganisation, licenciement, choix stratégique).

5 questions situationnelles pour tester la projection

Là où la question comportementale demande « qu’avez-vous fait ? », la question situationnelle demande « que feriez-vous si… ? ». Elle complète bien la première famille, surtout pour les candidats jeunes qui ont peu de cas concrets à raconter.

11. « Vous arrivez lundi matin, votre équipe est en retard sur trois livrables et un client appelle pour une urgence. Vous faites quoi dans la première heure ? »

Évalue la priorisation à chaud. Une bonne réponse commence par un diagnostic (qui fait quoi, quel client, quelle urgence réelle), pas par une action précipitée.

12. « Un collègue ne fait pas sa part dans un projet commun et ça commence à se voir. Comment vous y prenez-vous ? »

Mesure la maturité relationnelle. Le candidat va-t-il directement voir son manager ? Aborder le collègue en direct ? Laisser pourrir ? Aucune réponse n’est universellement bonne, mais l’argumentation compte autant que le choix.

13. « Vous découvrez une erreur importante dans un document que votre manager a déjà validé et envoyé. Que faites-vous ? »

Test du courage managérial et de l’éthique. Se taire pour ne pas froisser, alerter discrètement, corriger soi-même : trois positions très différentes. Posez la sous-question « et si l’erreur n’était que mineure ? » pour creuser.

14. « Un client mécontent vous reproche un problème dont vous n’êtes pas responsable. Réaction ? »

Évalue la gestion émotionnelle et le sens du service. Cherchez l’écoute avant la défense, la prise en charge avant le renvoi de balle.

15. « Si vous deviez expliquer notre métier à un enfant de 10 ans, vous diriez quoi ? »

Question légère qui révèle beaucoup : le candidat a-t-il vraiment compris votre activité ? Sait-il vulgariser ? C’est aussi un moment où il se détend, et vous voyez sa personnalité réelle apparaître.

5 questions techniques à calibrer selon le poste

Les questions techniques (hard skills) dépendent évidemment du métier visé. Voici cinq formulations adaptables, qui marchent pour la plupart des postes cadres et techniciens.

16. « Sur l’outil X (logiciel, méthodologie, langage de programmation) que vous mentionnez sur votre CV, donnez-moi un cas où vous l’avez vraiment poussé dans ses retranchements. »

Filtre les CV gonflés. Beaucoup de candidats listent des compétences vues une fois en formation. La question oblige à un cas concret. S’il bafouille, le niveau réel n’est pas celui annoncé.

17. « Quelles sont les trois métriques que vous regarderiez en priorité dans les 30 premiers jours de prise de poste ? »

Excellente question pour un poste de management ou de pilotage. Elle révèle le niveau de compréhension du métier et la capacité à structurer une approche. Pas de bonne réponse universelle, mais l’absence de réponse est éliminatoire.

18. « Sur votre dernier projet majeur, quel a été votre apport personnel concret, distinct de celui de l’équipe ? »

Permet de séparer le travail individuel du collectif. Un candidat qui dit « nous » sans savoir distinguer sa contribution à un problème, soit d’humilité excessive, soit de positionnement réel dans l’équipe.

19. « Comment vous tenez-vous à jour techniquement dans votre domaine ? Citez-moi deux ou trois sources que vous suivez. »

Test de curiosité professionnelle. Un comptable qui ne suit pas les évolutions fiscales, un développeur qui ignore les nouveautés de son framework, un commercial qui ne lit jamais sur son secteur : ce sont des signaux faibles à ne pas ignorer.

20. « Quelle est la limite de vos compétences techniques actuelles ? Sur quoi voudriez-vous monter en niveau ? »

Mesure la lucidité et l’envie de progresser. Préférable à un « quels sont vos défauts » trop usé. Le candidat qui se dit déjà au top sur tout est rarement crédible.

Tableau récapitulatif des 20 questions

FamilleNuméroType d’évaluationCompétence visée
Ouverture1 à 5Cadrage, postureSynthèse, motivation, recul
Comportementale6 à 10Méthode STARPersuasion, gestion d’échec, stress
Situationnelle11 à 15ProjectionPriorisation, relation, éthique
Technique16 à 20Hard skillsMaîtrise outils, métriques, autonomie

Questions interdites en entretien d’embauche : ce que dit la loi

Le cadre légal français est strict, et beaucoup de recruteurs s’exposent par méconnaissance. Les articles L1221-6 et L1132-1 du Code du travail posent une règle simple : un recruteur ne peut poser que des questions ayant un lien direct et nécessaire avec les compétences du candidat ou les exigences du poste.

Le Code du travail liste 26 critères protégés contre la discrimination. Toute question qui touche à l’un de ces critères, sans justification opérationnelle, est illégale.

Les sujets à ne jamais aborder

  • Situation familiale : marié, célibataire, projet d’enfant, garde d’enfants. Question fréquente, parfois posée naïvement, toujours interdite.
  • Origine et nationalité : sauf si la nationalité est juridiquement requise pour le poste (très rare, surtout fonction publique). Pas de « D’où venez-vous ? », pas de « Vos parents sont-ils français ? ».
  • État de santé, handicap, grossesse : la candidate enceinte n’a aucune obligation de le déclarer, sauf si l’état de grossesse rend impossible l’exercice du contrat.
  • Religion, opinions politiques, syndicales : aucune question sur les pratiques, croyances, votes, engagements militants.
  • Orientation sexuelle, identité de genre : strictement interdites.
  • Âge : sauf indication objective liée au poste, à éviter. La date de naissance sur le CV ne vous autorise pas à creuser.

Sanctions pénales

Les chiffres sont rappelés régulièrement par Juritravail et LegiSocial. Un recruteur personne physique encourt jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Pour une personne morale (l’entreprise), l’amende monte à 225 000 euros, avec possibilité d’interdiction d’exercer l’activité jusqu’à 5 ans.

Et même si le candidat ne porte pas plainte, le Défenseur des droits peut s’autosaisir sur signalement, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le pense depuis 2020.

Le réflexe à adopter

Avant de poser une question, demandez-vous : « Est-ce que la réponse change ma capacité à évaluer ses compétences pour ce poste précis ? » Si non, la question est inutile, et probablement risquée. Le candidat, lui, n’a aucune obligation d’y répondre, et peut même mentir sans encourir de sanction (article L1132-1).

La grille d’évaluation pour comparer les candidats objectivement

Une grille remplie pendant l’entretien vaut dix souvenirs vagues le lendemain. Voici un format simple, testé sur des centaines de processus de recrutement, qui tient sur une page A4.

Modèle de grille à utiliser

CritèreQuestion(s) associée(s)Note /5Commentaire (1 ligne)
Compréhension du posteQ1, Q3_
Motivation réelleQ2, Q4_
Auto-critique, luciditéQ5, Q7, Q20_
Gestion du stressQ8, Q11_
RelationnelQ9, Q12, Q14_
Hard skills clésQ16, Q17, Q18_
Curiosité professionnelleQ19_
Adéquation culturelleRessenti global_
**Total /40**

Notation suggérée :

  • 5 : exemple précis, chiffré, conviction
  • 4 : réponse solide, exemples corrects
  • 3 : réponse acceptable, manque de profondeur
  • 2 : réponse confuse ou hors sujet
  • 1 : refus ou réponse alarmante
  • 0 : non évalué

Un candidat sous 24/40 est rarement à retenir. Entre 24 et 32, deuxième tour ou test technique. Au-dessus de 32, vous tenez un profil sérieux.

Conseils d’usage

Remplissez la grille pendant l’entretien, pas après. La mémoire déforme, et si vous voyez 5 candidats dans la semaine, vous mélangerez les profils.

Si l’entretien se fait à deux (RH + manager), chacun remplit sa grille séparément, puis vous comparez. Les écarts sont riches d’enseignement : ils pointent souvent un détail que l’un a vu et pas l’autre.

Conservez les grilles 5 ans (durée de prescription en matière de discrimination). En cas de contestation, c’est votre meilleure protection.

Conclure l’entretien et préparer le débrief

Les 5 dernières minutes d’un entretien sont sous-exploitées. Voici comment les rentabiliser.

Donnez la parole au candidat sur ses propres questions. Un candidat qui n’a aucune question est rarement engagé. À l’inverse, des questions précises sur l’équipe, les projets en cours ou la stratégie indiquent qu’il s’est projeté.

Annoncez les prochaines étapes avec un délai clair. « Vous aurez un retour d’ici 10 jours ouvrés, qu’il soit positif ou négatif. » Tenez cet engagement. C’est aussi un test pour vous : un retour rapide aux candidats non retenus protège votre marque employeur.

Ne promettez rien à chaud. L’enthousiasme post-entretien fait dire des bêtises. Laissez décanter 24 heures avant de décider, surtout si plusieurs personnes ont interviewé.

Débriefez à froid avec la grille. Si vous êtes plusieurs, partagez les grilles avant la discussion orale. Ça évite l’effet « le premier qui parle influence le groupe ». Comparez les notes, discutez les écarts, tranchez ensemble.

Et si l’entretien révèle un excellent profil mais pas pour le poste actuel, gardez le contact. La fiche de poste d’aujourd’hui sera peut-être ouverte dans six mois.

FAQ : les questions que se posent les recruteurs

Combien de questions poser dans un entretien d’une heure ?

Comptez 8 à 12 questions ouvertes maximum, plus le temps d’introduction et le temps réservé au candidat. Au-delà, vous survolez. La règle d’or : préférer 8 questions creusées à 20 expédiées.

Faut-il poser exactement les mêmes questions à tous les candidats ?

Pour les questions de tronc commun (fit poste, comportementales, interdites), oui, c’est ce qui garantit l’équité. Pour les questions techniques, vous pouvez adapter selon le profil (junior, senior, reconversion). L’important est de pouvoir justifier les écarts.

Comment réagir si un candidat refuse de répondre ?

C’est son droit, surtout sur des questions limites. Notez le refus sans le pénaliser systématiquement. S’il refuse une question légitime (ex : un cas pratique), creusez la raison. S’il refuse une question potentiellement discriminante, c’est vous qui avez un problème, pas lui.

Une question sur le permis de conduire est-elle légale ?

Oui, si le poste implique des déplacements professionnels. Précisez « pour ce poste qui nécessite des visites clients en région » plutôt que « avez-vous le permis ? » sec. La nuance compte juridiquement.

Peut-on demander les prétentions salariales ?

Oui, c’est une question légitime liée au poste. Privilégiez « quelle est votre fourchette idéale ? » à « quel est votre salaire actuel ? ». Cette dernière formulation est même interdite dans plusieurs États américains et déconseillée par les bonnes pratiques RH françaises pour éviter de reproduire les écarts.

Comment évaluer un candidat junior sans expérience ?

Concentrez-vous sur les questions situationnelles (et pas comportementales), les questions techniques basées sur les enseignements, les projets étudiants, les stages. La curiosité (Q19) et la lucidité sur ses limites (Q20) sont les meilleurs prédicteurs pour un profil junior.

Faut-il prendre des notes pendant l’entretien ?

Oui, sans hésitation. Annoncez-le au candidat en début d’entretien : « Je vais prendre quelques notes pour ne rien oublier. » Personne ne s’en offusque. La grille pré-remplie évite d’avoir le nez dans son carnet en permanence.

En combien de tours décider d’un recrutement ?

Pour un poste cadre standard, deux tours suffisent : un entretien RH + manager (cette grille), puis un entretien de validation avec un N+2 ou un test technique. Au-delà de trois tours, vous risquez de perdre les meilleurs candidats, qui ont d’autres pistes en parallèle.